Livret A plein : pourquoi laisser trop d’argent sur son compte courant peut vous coûter cher
Le Livret A est souvent le premier réflexe des Français pour mettre de l’argent de côté. Disponible, sécurisé et exonéré d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, il constitue un excellent outil pour conserver une épargne de précaution.
Mais une fois son plafond atteint, une question essentielle se pose : que faire de l’épargne supplémentaire ?
C’est précisément à ce stade qu’une erreur très fréquente peut coûter plusieurs milliers d’euros au fil des années : laisser une somme importante dormir sur son compte courant, sans rémunération et sans véritable stratégie patrimoniale.
Assurance-vie, Plan d’Épargne Retraite (PER), livrets réglementés… plusieurs solutions permettent pourtant de donner une véritable fonction à cette épargne, en fonction de vos projets, de votre horizon de placement et de votre situation fiscale.
Le compte courant n’est pas un placement
Conserver de l’argent sur son compte courant est évidemment indispensable pour payer ses dépenses courantes et conserver une marge de sécurité.
Le problème apparaît lorsque cette trésorerie devient disproportionnée.
5 000 €, 10 000 €, 20 000 €, parfois beaucoup plus : certaines sommes restent pendant plusieurs années sur des comptes courants qui ne génèrent généralement aucune rémunération.
Or, même si le montant affiché sur le compte ne diminue pas, sa valeur réelle peut reculer sous l’effet de l’inflation.
Un exemple simple
Imaginons 20 000 € laissés pendant 10 ans sur un compte courant non rémunéré.
Au bout de 10 ans, le relevé bancaire indiquera toujours 20 000 € si aucune opération n’a été effectuée.
Mais avec une inflation moyenne de 2 % par an, ces 20 000 € n’auront plus le même pouvoir d’achat.
Autrement dit, ne pas perdre d’euros nominalement ne signifie pas préserver son patrimoine en termes réels.
À cela s’ajoute un deuxième coût, plus discret : le coût d’opportunité. Cet argent aurait pu être placé sur un support rémunéré et produire lui-même des intérêts ou des gains au fil des années.
Livret A plein : faut-il retirer les intérêts ?
Non.
Le plafond du Livret A, fixé à 22 950 € de versements pour une personne physique, concerne les sommes déposées par l’épargnant.
Les intérêts versés par la banque peuvent parfaitement faire dépasser ce plafond.
Il n’est donc pas nécessaire de retirer les intérêts lorsque le Livret A franchit les 22 950 € grâce à sa rémunération.
Au contraire, ces intérêts viennent s’ajouter au capital et peuvent à leur tour produire des intérêts.
Retirer systématiquement les intérêts pour les transférer sur un compte courant non rémunéré peut donc être contre-productif.
Le Livret A doit avant tout servir d’épargne de précaution
Le Livret A présente trois avantages particulièrement importants :
- le capital est sécurisé ;
- l’argent reste disponible ;
- les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
Il est donc parfaitement adapté à une épargne de sécurité, destinée par exemple à absorber une dépense imprévue, une réparation automobile, des travaux urgents ou une baisse temporaire de revenus.
Mais faut-il pour autant conserver l’intégralité de son patrimoine financier sur des supports totalement liquides ?
Pas nécessairement.
Une fois l’épargne de précaution constituée, il peut être pertinent de distinguer plusieurs horizons : l’argent dont vous pouvez avoir besoin immédiatement, l’épargne destinée à des projets dans quelques années et le capital destiné au long terme ou à la retraite.
C’est là que l’assurance-vie et le PER prennent tout leur sens.
Assurance-vie : donner un nouvel horizon à son épargne
L’assurance-vie constitue l’un des principaux outils de diversification patrimoniale en France.
Contrairement à une idée encore répandue, l’assurance-vie n’est pas uniquement un produit destiné à transmettre un capital au décès.
C’est également une enveloppe d’épargne et d’investissement permettant d’organiser son patrimoine sur le moyen et le long terme.
Une enveloppe, plusieurs possibilités d’investissement
Selon le contrat souscrit, l’épargne peut notamment être répartie entre :
- des fonds en euros, comportant une garantie du capital selon les conditions du contrat ;
- des unités de compte investies sur différentes classes d’actifs ;
- des supports obligataires ;
- des supports immobiliers lorsque le contrat en propose ;
- des fonds diversifiés ou actions ;
- d’autres supports financiers proposés par l’assureur.
Cette diversité permet de construire une allocation correspondant au profil de risque, aux objectifs et à l’horizon de placement de chaque épargnant.
Attention toutefois : contrairement au Livret A, les unités de compte présentent un risque de perte en capital.
Une fiscalité qui devient particulièrement intéressante avec le temps
L’assurance-vie bénéficie également d’un cadre fiscal spécifique.
En cas de retrait, ce n’est pas l’intégralité de la somme retirée qui constitue un revenu taxable : seule la fraction correspondant aux gains comprise dans le rachat est susceptible d’être imposée.
Après 8 ans de détention, l’assurance-vie bénéficie par ailleurs d’un abattement annuel sur les gains retirés, actuellement fixé à :
- 4 600 € pour une personne seule ;
- 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune.
La fiscalité exacte dépend néanmoins de plusieurs paramètres, notamment de la date des versements et du montant des primes versées.
L’ancienneté du contrat constitue donc un élément important de la stratégie.
Ouvrir une assurance-vie suffisamment tôt peut ainsi présenter un intérêt, même avec un premier versement relativement modeste, afin de commencer à faire courir son ancienneté fiscale.
L’assurance-vie reste disponible
Autre différence importante avec certaines idées reçues : l’argent placé sur une assurance-vie n’est pas nécessairement bloqué pendant huit ans.
Il est possible d’effectuer des rachats avant cette échéance.
Les huit ans correspondent principalement à un seuil important en matière de fiscalité, et non à une période de blocage obligatoire.
Cela fait de l’assurance-vie un outil particulièrement polyvalent pour préparer différents projets : constitution d’un capital, complément de revenus futurs, financement d’un projet ou encore transmission patrimoniale.
Le PER : préparer sa retraite tout en réduisant potentiellement ses impôts
Pour une épargne véritablement destinée au long terme, le Plan d’Épargne Retraite (PER) mérite également d’être étudié.
Son fonctionnement répond à une logique différente de celle de l’assurance-vie : il vise prioritairement la préparation de la retraite.
Son principal intérêt immédiat réside dans la possibilité, sous conditions et dans certaines limites, de déduire les versements volontaires de son revenu imposable.
Plus votre tranche d’imposition est élevée, plus l’avantage peut être important
Prenons un exemple volontairement simplifié.
Une personne imposée dans une tranche marginale à 30 % qui effectue un versement déductible de 5 000 € sur son PER peut obtenir une économie d’impôt théorique pouvant atteindre :
5 000 € × 30 % = 1 500 €
Avec une tranche marginale à 41 %, l’impact théorique peut atteindre :
5 000 € × 41 % = 2 050 €
Ces exemples sont simplifiés : l’économie réelle dépend notamment du plafond de déduction disponible, de la situation fiscale du foyer et de la nature des revenus.
Il faut également garder à l’esprit que la déduction fiscale à l’entrée a une contrepartie fiscale à la sortie. Le PER doit donc être étudié dans une logique globale et non uniquement comme un moyen de réduire son impôt de l’année.
Une épargne moins disponible que l’assurance-vie
Le PER est par principe destiné à la retraite.
L’épargne est donc généralement moins disponible que sur une assurance-vie, même si la réglementation prévoit plusieurs situations de déblocage anticipé, notamment certains accidents de la vie et, sous conditions, l’acquisition de la résidence principale.
Cette contrainte peut d’ailleurs constituer un avantage pour certains épargnants : elle permet de sanctuariser progressivement un capital destiné à la retraite.
Livret A, assurance-vie et PER : des solutions complémentaires
Il ne s’agit donc pas nécessairement de choisir entre le Livret A, l’assurance-vie et le PER.
Ces trois solutions peuvent répondre à des objectifs différents.
Le Livret A peut constituer la première poche : l’épargne de précaution immédiatement disponible.
L’assurance-vie peut constituer une deuxième poche destinée aux projets de moyen et long terme, avec une allocation adaptée au niveau de risque accepté.
Le PER peut constituer une troisième poche consacrée à la préparation de la retraite, particulièrement intéressante à étudier pour les contribuables disposant d’une capacité d’épargne et d’une fiscalité significative.
Le compte courant, quant à lui, doit principalement conserver sa fonction initiale : gérer les dépenses et besoins de trésorerie du quotidien.
Combien conserver sur son compte courant ?
Il n’existe évidemment pas de montant universel.
Tout dépend des revenus, des dépenses mensuelles, de la stabilité professionnelle, des projets à court terme et du patrimoine déjà constitué.
Une bonne organisation patrimoniale consiste généralement à raisonner par poches d’épargne :
- la trésorerie nécessaire aux dépenses courantes ;
- une épargne de précaution immédiatement disponible ;
- une épargne destinée aux projets à moyen terme ;
- une épargne de long terme ;
- une épargne spécifiquement consacrée à la retraite.
Cette approche évite deux écueils opposés : investir de l’argent dont on risque d’avoir besoin rapidement ou, à l’inverse, laisser pendant dix ou vingt ans une épargne importante sur des supports peu ou pas rémunérés.
Le véritable risque : ne jamais faire évoluer son épargne
Remplir son Livret A est une excellente étape dans la constitution d’une épargne.
Mais ce n’est généralement pas l’aboutissement d’une stratégie patrimoniale.
Au fur et à mesure que le patrimoine augmente, les objectifs évoluent : protéger sa famille, financer un projet immobilier, préparer les études des enfants, anticiper la retraite, obtenir des revenus complémentaires ou organiser la transmission de son patrimoine.
Les solutions utilisées doivent donc elles aussi évoluer.
Le principal risque n’est pas toujours de prendre trop de risques. Il peut aussi être de n’en prendre aucun sur une épargne destinée au très long terme et de laisser l’inflation éroder progressivement son pouvoir d’achat.
Faites le point sur votre épargne avec Azar Conseils & Patrimoine
Vous avez rempli votre Livret A ? Vous conservez une somme importante sur votre compte courant ? Vous souhaitez savoir s’il est préférable d’ouvrir ou d’alimenter une assurance-vie, un PER ou de répartir votre épargne entre plusieurs solutions ?
Azar Conseils & Patrimoine vous accompagne dans l’analyse et l’organisation de votre épargne en fonction de votre situation, de vos projets, de votre fiscalité, de votre horizon d’investissement et de votre sensibilité au risque.
L’objectif n’est pas de placer l’intégralité de votre épargne à tout prix, mais de déterminer quelle somme doit rester disponible, quelle somme peut être investie et sur quel horizon.
Une stratégie patrimoniale pertinente commence souvent par une question très simple :
Votre argent est-il placé au bon endroit en fonction de l’usage que vous souhaitez en faire ?
Les informations présentées dans cet article ont un caractère général et pédagogique. Elles ne constituent pas une recommandation personnalisée. Les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital. Les caractéristiques fiscales et réglementaires doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de chaque épargnant.





